Pour la Sauvegarde
du Patrimoine Virtuel
De l'Humanité






Jean-François COLONNA
www.lactamme.polytechnique.fr
jean-francois.colonna@polytechnique.edu
CMAP (Centre de Mathématiques APpliquées) UMR CNRS 7641, Ecole Polytechnique, CNRS, 91128 Palaiseau Cedex, France
france telecom, France Telecom R&D

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(Site WWW CMAP28 : cette page a été créée le 16/05/2000 et mise à jour le 28/01/2014 15:12:39 -CET-)



(publié dans "An 2001, Les Enjeux du XXIème Siècle", Université des Sciences et des Technologies de Lille, 03/2001)


[in english/en anglais]


Résumé : Une part de plus en plus importante du patrimoine culturel de l'humanité repose dans la mémoire de nos ordinateurs. Mais nos machines sont-elles plus sûres que la grande bibliothèque d'Alexandrie ?


Mots-Clefs : Web Server, Internet.



En l'espace de quelques années, les nouvelles technologies de l'informatique et des télécommunications, unies pour le pire et pour le meilleur, ont envahi nos maisons, nos bureaux, nos laboratoires,... Et ainsi, Internet, leur premier-né, a très rapidement bouleversé nos habitudes ainsi que nos façons de travailler et de collaborer. En particulier, l'accumulation, le stockage et la gestion des connaissances se font aujourd'hui, de façon quasi-universelle, par ordinateurs interposés. Ces machines sont donc les dépositaires d'une part toujours plus importante du patrimoine scientifique et culturel de l'humanité.

Chaque jour de nouveaux sites WWW [Wold Wide Web], dans lesquels des résultats scientifiques sont consignés, apparaissent. Et même si parfois la précipitation et le manque de rigueur se substituent à la réserve habituelle des scientifiques, cette pratique tend à se substituer toujours davantage au traditionnel processus de publication de documents imprimés. Or les livres et les journaux, une fois edités, sont en général distribués à de nombreux exemplaires, sur des distances très importantes, garantissant ainsi la pérennité de leur contenu et donc d'une partie importante de notre culture. Or ce principe de pérennité par duplication et dispersion est en train de disparaître avec Internet : en effet, mis à part l'existence, sur les réseaux qui le constituent, de caches qui dupliquent, pour une certaine durée, les pages les plus demandées, un document WWW accessible peut en général être considéré comme étant unique, même s'il est ubiquiste...

Il convient alors, avant qu'il ne soit trop tard, de se demander si nos ordinateurs d'aujourd'hui sont plus sûrs que la grande bibliothèque d'Alexandrie d'hier. Malheureusement, il semblerait qu'il n'en soit rien : nombreuses sont les machines dont le contenu n'est jamais sauvegardé ; des virus de plus en plus virulents apparaissent de plus en plus fréquemment (par exemple, I love you, au mois de mai 2000, a provoqué des dégats considérables dans le monde entier). De plus, et même si leurs MTBF [Mean Time Between Failures ou Temps Moyen Entre Pannes] augmentent sans faillir, les disques continuent à se "crasher" et à causer des pertes irrémédiables d'informations. Et, que se passe-t-il, tout simplement, lorsque le créateur ou l'administrateur d'un tel site disparait pour une raison ou pour une autre ? Enfin, même s'il est vrai que l'informatique remporte des succès incontestables, n'est-elle pas qu'un gigantesque château de cartes prêt à s'écrouler à tout moment et sa complexité que personne ne maîtrise complètement ne tend-elle point à nous échapper de façon irréversible ?

L'heure est donc venue de mettre en place une stratégie destinée à garantir la pérennité du patrimoine virtuel de l'humanité. De grandes instances internationales, comme l'UNESCO, ne devraient-elles pas créer des fondations destinées à éviter ces catastrophes culturelles annoncées alors qu'il n'est pas trop tard, mais pour combien de temps encore ?


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