Droit de Réponse à Science et Avenir






Jean-François COLONNA
www.lactamme.polytechnique.fr
jean-francois.colonna@polytechnique.edu
CMAP (Centre de Mathématiques APpliquées) UMR CNRS 7641, Ecole Polytechnique, CNRS, 91128 Palaiseau Cedex, France

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(Site WWW CMAP28 : cette page a été créée le 17/10/2010 et mise à jour le 28/01/2014 15:04:05 -CET-)



Une interview commence toujours par un "interrogatoire". Quelques temps après, le journaliste fait parvenir à l'interviewé une première version. Commence alors une partie de ping-pong correspondant à l'échange de corrections, voire de textes complètement remaniés.


Le 13 juillet 2010, j'ai ainsi été interviewé par une journaliste de Science et Avenir dans le cadre de la préparation d'un numéro Hors-Série à paraître sur le thème "10 ans de sciences en images". Il y a donc eu ensuite échange de plusieurs versions successives correspondant à des modifications portant aussi bien sur le fond que sur la forme (il est important de remarquer que, selon cette façon de procéder, lorsque l'on lit une interview c'est bien plus souvent les mots du journaliste que ceux de l'interviewé que l'on a sous les yeux !). Voici l'avant-dernière version datée du 18/08/2010 :

J'élabore des mondes virtuels qui ont tous une cohérence mathématique. Pour moi, ces images virtuelles sont la réalité même. Et cela à cause du statut particulier des mathématiques. Le physicien Eugène Wigner s'interrogeait sur "leur déraisonnable efficacité pour décrire l'Univers". Je suis intimement persuadé que la seule manière de lui répondre est de considérer que "nos" mathématiques, celles que nous avons inventées, sont en fait la trame ultime et intime de l'Univers. Dans ce cadre, une structure mathématique possède forcément une existence physique à partir du moment où il y existe des sous-structures conscientes ("nous") qui ont le sentiment subjectif d'exister dans un monde "réel". Voilà ce qui confère aux mathématiques la capacité d'explorer la réalité de fašon toujours plus précise, aidées par les ordinateurs. Actuellement ceux-ci produisent des montagnes de résultats numériques. La seule fašon raisonnable de les appréhender est de les mettre en images, dans l'espoir de voir quelque chose d'inattendu. D'être surpris, notre système visuel étant "fait" pour cela. Pour prendre un exemple simple, nous savons grâce à cette approche qu'un incendie de forêt ne se propage pas en ligne droite, mais suivant une courbe fractale très irrégulière. Mais cet "outil" a aussi ses revers : en particulier, les nombres n'ayant pas de couleur, la mise en image des résultats sera bien souvent arbitraire. Il sera alors souvent facile, en général involontairement, de cacher ce qui est, de montrer ce qui n'est pas ou donner une image à qui n'en possède pas. Il en est ainsi des atomes, des particules élémentaires... Les images que l'on en présente ne correspondent pas à leur vraie nature (qui est mathématique). Notre appréhension du réel peut s'en trouver pervertie, art et science ne devant point être confondus.

[Jean-François Colonna, Professeur à l'Ecole Polytechnique]


Cette avant-dernière version commettait une grave erreur sur mon titre (je suis simple chercheur et non pas professeur !) et n'était pas en complet accord avec mes idées, en particulier au niveau de ce qui a été mis en gras ci-dessus. De plus, la journaliste m'y faisait tenir des propos incohérents :
Effectivement, dans ce cadre, les Mathématiques ne peuvent pas à la fois être La Réalité et être inventées par un sous-ensemble (c'est-à-dire "nous") de cette dernière : les Mathématiques ne peuvent être ici que découvertes (pour plus d'informations sur ce sujet). J'ai corrigé ces anomalies et les corrections furent approuvées le 23/08/2010. Voici donc la dernière version telle qu'elle aurait du être publiée :

J'élabore des images virtuelles qui ont toutes une cohérence mathématique. Pour moi, ces images virtuelles sont la réalité même. Et cela, à cause du statut particulier des mathématiques. Le physicien Eugène Wigner s'interrogeait sur "leur déraisonnable efficacité pour décrire l'Univers". Je suis intimement persuadé que la seule manière de lui répondre est de considérer que "nos" mathématiques sont en fait la trame ultime et intime de l'Univers. Dans ce cadre, une structure mathématique possède une existence physique à partir du moment où il y existe des sous-structures conscientes ("nous") qui ont le sentiment subjectif d'exister dans un monde "réel". Si les mathématiques sont bien la réalité, nous pouvons l'explorer de fašon toujours plus précise, aidés par les ordinateurs. Actuellement, ceux-ci produisent des montagnes de résultats numériques. La seule fašon raisonnable de les appréhender est de les mettre en images, dans l'espoir de voir quelque chose d'inattendu. D'être surpris, notre système visuel étant "fait" pour cela. Pour prendre un exemple simple, nous savons grâce à cette approche qu'un incendie de forêt ne se propage pas en ligne droite, mais suivant une courbe fractale très irrégulière. Mais cet "outil" a aussi ses revers : en particulier, les nombres n'ayant pas de couleur, la mise en image des résultats est bien souvent arbitraire. Il devient alors facile, en général involontairement, de cacher ce qui est, de montrer ce qui n'est pas ou de donner une image à ce qui n'en possède pas. Il en est ainsi des atomes, des particules élémentaires,... Les images que l'on en présente ne correspondent pas à leur vraie nature (qui est mathématique). Notre appréhension du réel peut s'en trouver pervertie, art et science ne devant point être confondus.

[Jean-François Colonna, Chercheur au Centre de Mathématiques Appliquées de l'Ecole Polytechnique]


Le 13/10/2010, j'ai reçu le numéro dans lequel devait paraître ce texte et malheureusement j'ai constaté avec stupeur que c'était l'avant-dernière version qui y figurait. Je suis actuellement en attente de la publication d'un correctif par Science et Avenir. J'apprends le 22/11/2010 que celui-ci devrait paraître dans le numéro mensuel de décembre.


Parole tenue. Dans le numéro 767 de janvier 2011 (page 7) le texte suivant a été publié :

Dans notre hors-série "10 ans de Sciences en images" d'octobre/novembre 2010, des erreurs sont parues dans l'interview de Jean-François Colonna, en raison d'un problème technique. Il nous demande de bien vouloir préciser qu'il est chercheur et non professeur. Et que "si les mathématiques sont la réalité, nous n'avons pas pu les inventer", contrairement à ce qui figure dans ce texte. Avec toutes nos excuses.




Enfin, voici les quatre images illustrant l'interview (avec parfois des légendes quelque peu fantaisistes...) :




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